Hyperventilation chronique = asphyxie chronique !

hyperventilation - j'ai besoin d'oxygène - comic

L’hyperventilation ? Encore un sujet que l’on pense être pour les autres. Certains se disent : “Si je faisais de l’hyperventilation, je le saurais.”…

Certes, il y a l’hyperventilation aiguë qui se présente sous forme de crises et que l’on ne peut pas rater. Mais il y a aussi l’hyperventilation chronique, beaucoup plus subtile et insidieuse, dont on ne se rend pas compte et qui nous dérègle au fil du temps, avec de très lourdes conséquences.

Les conséquences de l’hyperventilation : une mauvaise oxygénation du corps

C’est tout un paradoxe : l’hyperventilation nous prive d’oxygène ! Le niveau d’oxygène dans le sang ne varie quasiment pas : il est très stable. Ce qui évolue en fonction de notre respiration, c’est plutôt la quantité de CO2 : plus on respire, plus on élimine de CO2 ! On pourrait croire qu’éliminer le CO2 est une bonne chose car on pense que c’est un déchet pour le corps. Le problème, c’est que le CO2 est également très utile.

A l’intérieur des globules rouges, il y a l’hémoglobine. Cette grosse molécule (qui donne leur couleur rouge aux globules) permet d’attraper, grâce au fer qu’elle contient, les molécules d’oxygène afin de pouvoir les transporter dans le sang (car l’oxygène est très peu soluble). La liaison oxygène-hémoglobine n’est pas très stable : lorsqu’un globule rouge passe à côté d’un tissu qui a besoin d’oxygène, ce lien se brise et le tissu récupère la molécule d’oxygène.

transport de l'oxygène via l'hémoglobine - schéma

Jusque là, tout va bien. Sauf que, si le CO2 vient à manquer dans le sang (hyperventilation), cela active certains mécanismes qui vont stabiliser la liaison entre l’oxygène et l’hémoglobine. La libération de l’oxygène vers le tissu s’effectue donc difficilement.

Pas d'oxygenation des tissus sans CO2 - schéma
Hyperventilation -> less CO2 -> oxygen no longer reaches tissues

C’est là que les choses dérapent : les tissus manquent d’oxygène et ils s’en plaignent au cerveau. Ce dernier demande donc aux poumons de respirer plus. Chaque respiration libère du CO2 – on est conçus ainsi: même si l’on manque de CO2, chaque respiration récupère de l’oxygène et libère du CO2. La quantité de CO2 dans le sang continue donc de diminuer.

A trop respirer, on s’asphyxie !

de l'air ! - comic

Un risque de cancer ?

Une mauvaise oxygénation du corps comporte un nombre infini de conséquences néfastes. Les cellules saines ont besoin d’oxygène pour produire de l’énergie, et le manque d’oxygène peut provoquer la mutation des cellules saines en cellules cancéreuses. En effet, c’est un mécanisme d’adaptation : les cellules cancéreuses ont un mode de production d’énergie anaérobique (sans oxygène, via la fermentation). Le manque d’oxygène est donc un facteur de risque de cancer, ainsi qu’une mauvaise alimentation et un manque d’exercice.

Augmentation de la pression sanguine

Le manque de CO2 (hypocapnie) provoque la contraction des vaisseaux sanguins : la production de gaz NO, qui permet de dilater les vaisseaux, est directement liée à la quantité de CO2. Donc, le manque de CO2 inhibe la libération du gaz NO par les cellules endothéliales1 (qui tapissent les vaisseaux sanguins), ce qui empêche la dilatation des vaisseaux. Ces derniers restent alors contractés et la pression sanguine s’élève.

la quantité de NO dépend de la quantité de CO2 - schéma
La quantité du gaz NO, qui dilate les vaisseaux, dépend de la quantité de CO2.

Une mauvaise circulation du sang dans le cerveau et une mauvaise oxygénation du cerveau

Le cerveau n’est pas épargné par ces mécanismes : la barrière hémato-encéphalique, qui protège le cerveau du reste du corps, laisse circuler librement le CO2. Pour les raisons que nous venons de voir, le cerveau est donc mal irrigué et mal oxygéné. Je vous laisse donc imaginer les potentiels dégâts sur le système nerveux et les conséquences qui en découlent…

Les symptômes

L’hyperventilation est-elle l’origine du problème, ou seulement un symptôme d’un problème plus profond ? Dans tous les cas, ce dérèglement du corps n’a pas vraiment de symptôme caractéristique, si ce n’est peut-être l’impression de manquer d’air en permanence. L’asthme est très souvent associé à l’hyperventilation, mais il n’est pas nécessaire de faire des crises d’asthme pour hyperventiler. La respiration par la bouche est également souvent associée à l’hyperventilation.

De nombreuses maladies chroniques pourraient être liées à une hyperventilation chronique : et oui, si j’en parle sur ce blog, ce n’est pas pour rien ! Cependant, les preuves sont difficiles à trouver : d’une part, le lien est difficile à établir, d’autre part, ça n’intéresse pas tellement les labos car il n’y a pas de business de médicament à la clé…

Les causes de l’hyperventilation

Il est très difficile d’identifier la cause exacte d’une hyperventilation chronique. Cela vient très probablement d’un dérèglement physiologique empiré par du stress. Comme on l’a vu, une fois que l’hyperventilation est établie, elle s’entretient toute seule.

Les solutions

Vous pensez être concerné ? Pas de panique, il existe des solutions ultra simples !

Respirer moins !

Solution qui paraît évidente : si vous respirez trop, essayez donc de respirer moins ! Plus concrètement : respirez par le nez, à l’aide du diaphragme, lentement, et avec de petites amplitudes. Il faut que vous provoquiez une légère sensation de manque d’air, qui vous donne envie de prendre une grande respiration. Résistez, et continuez, mais ne forcez pas trop non plus.

Vous devriez alors vous sentir plus calme. Le cœur peut ralentir un peu. Une sensation de chaleur peut également survenir. Si l’inverse se produit, c’est que vous forcez trop : respirez alors un peu plus afin de trouver l’équilibre qui fonctionne.

Je vais très prochainement dédier un article à des exercices de ce type, mais vous pouvez dores et déjà essayer de respirer moins, ça marche !

Edit – voici l’article en question : la méthode de respiration Buteyko.

Respirer par le nez

Comme vu dans un article précédent, respirer par la bouche peut provoquer de nombreux problèmes de santé. Si c’est votre cas, corrigez le tir en portant votre attention sur une respiration nasale.

fermer la bouche - comic

Et quand on a le nez bouché ?

Une étude2 a pu montrer que lorsque l’on a le nez bouché, si l’on continue néanmoins de respirer par le nez avec un faible débit, l’excès de CO2 va automatiquement déclencher le dégagement du nez. Donc : quand on a le nez bouché, il suffit de respirer moins (mais toujours par le nez) pour le dégager ! Incroyable, non ?

Gérer le stress, méditer et compagnie

Je ne suis probablement pas le premier à vous dire qu’il faut apprendre à gérer son stress, notamment par une respiration diaphragmatique des exercices de respiration (ne respirez pas profondément, respirez très légèrement !) ou de méditation… N’empêche que vous ne pourrez pas venir à bout d’aucune maladie chronique si vous ne le faites pas ! Et ça vaut pour l’hyperventilation chronique.

travail vs méditation

Et puis, respiration et méditation sont liés ! Lorsque vous vous concentrez sur votre respiration, vous méditez. C’est pas plus compliqué !

Conclusion philosophique

La respiration, c’est comme la méditation : il y a ceux qui la pratiquent depuis des milliers d’années, et ceux qui pensent que ce n’est pas une raison suffisante pour se donner la peine d’essayer.

Essayez tout de suite de respirer moins : prenez 10 minutes. Et dites moi ce que vous ressentez dans les commentaires !

  1. Carbon dioxide influence on nitric oxide production in endothelial cells and astrocytes: cellular mechanisms.
  2. Archives of oto-rhino-laryngology
    March 1988, Volume 245, Issue 2, pp 112–115
    Changes in nasal airway resistance in response to controlled external respiratory obstruction

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